Westvleteren XII de l’Abbaye de St. Sixte

Westvleteren XII de l’Abbaye de St. Sixte
30 Sep 2014

Westvleteren XII

Quadruple (ABT)

10,2% alc/vol

330 ml

Abbaye de St. Sixte, Westvleteren, Belgique

 

On s’attaque à du lourd.

Comment décrire le monument qu’est la Westvleteren XII? Considérant qu’elle a été couronnée meilleure bière au monde toute catégorie plusieurs années de suite par le géant Ratebeer et qu’elle soit souvent citée comme l’un des produits les plus exclusifs et rares dans le milieu, je crois qu’une petite leçon d’histoire s’impose.

Produite dans la pittoresque Abbaye de St. Sixte en Belgique, cette bière est brassée depuis des lustres selon la méthode ancestrale des moines y demeurant. Bien connue des amateurs locaux, c’est toutefois en 2005, lorsqu’elle fut sacrée ‘’meilleure bière au monde’’, que la communauté commence à porter une attention réelle envers le produit. Toutefois, malgré cet élan de publicité, les moines prennent la décision ferme de maintenir la production annuelle à un faible 4800 hectolitres par an ce qui crée un phénomène de rareté sans précédent. N’ayant jamais été distribuée et étant strictement interdite en revente, des hordes de gens commencent à faire la queue à l’Abbaye (jusqu’à 2km de file de voitures les jours de vente) pour tenter d’en avoir quelques bouteilles. À leur grand malheur, ils se voient toutefois refuser tout accès au produit par les moines en charge, car depuis l’engouement, une politique fut instaurée afin de contrôler l’affluent de gens à l’abbaye. En effet, afin d’obtenir la Westvleteren XII, il faut désormais faire une commande préalable par téléphone à un numéro difficilement joignable où les informations personnelles du client comme le numéro de plaque de voiture seront prises en note. S’écoulent alors quelques semaines avant que le rendez-vous ne soit établi et que la personne concernée puisse se présenter sur les lieux. Une fois sur place, les moines discutent avec les gens afin de savoir leurs motifs, leur intérêt envers le produit, etc. C’est à ce moment qu’ils permettent d’acheter la légendaire bière, mais en quantité maximale de 2 caisses, soit 48 bouteilles de 330ml, et ce, par période de 60 jours. Comme mentionné précédemment, la revente est absolument interdite, les clients devant signer une déclaration de non distribution, mais de rares magasins spécialisés réussissent aujourd’hui à en générer une quantité très limitée pour le public. C’est dans un tel endroit que nous avons pu se procurer ce joyau d’ingénierie liquide à Bruxelles en Belgique.

 

Bon, passons au cœur du sujet, la dégustation!

 

Apparence : Nous avons ici affaire à un produit d’un brun trouble qui ne laisse passer que peu la lumière. Un épais col de mousse beige crème est présent et persistera pour pratiquement toute la dégustation. En inspectant de plus près, la levure est bien présente dans la bière, amplifiant l’aspect trouble de celle-ci.

Arôme : Incroyable et complexe! On est tout de suite bombardés par les fruits noirs, des figues, des dattes, des raisins bien mûrs. Des fruits rouges tels que la canneberge ou la framboise sont aussi présents de par le côté acide de l’arôme. En aérant le tout, les levures et les épices ressortent allégrement conférant une note poivrée à ce qui nous rappelle franchement le pain au raisin. Finalement, en creusant un peu, un arôme vineux rappelant le côté âcre du vin blanc tranche avec les sucres initiaux pour créer un ensemble on ne peut plus invitant.

Bouche : Initialement, on est tout de suite conquis par les fruits noirs et le côté caramel de la bière. On goûte franchement les raisins, les prunes. La carbonatation est légère et permet de bien diffuser les saveurs sans attaquer le palais. Le pain d’épices et le côté poivré des levures mentionné précédemment sont biens présents. Le tout est rond, très rond. La texture, loin d’être aqueuse, sans toutefois être liquoreuse, est extrêmement plaisante. En aérant le contenu en bouche, un côté houblonné, acidulé et alcoolisé vient trancher, un peu comme à l’arôme, tous les sucres présents afin de créer un équilibre absolument divin. En finale, c’est très malté et plein de levures. Le toffee et l’alcool se pointent le nez de nouveau pour laisser place à un houblon soutenu qui invite sans cesse à vouloir en reprendre une nouvelle gorgée. C’est sucré, épicé, amer, chaud; à se damner. De toutes les quadruples que nous avons pu essayer en Belgique et au Québec, c’est définitivement la finale la plus distinctive et réussie de toutes. En bref, la façon la plus simple de décrire cette bière serait simplement de la comparer à de la soie. Le tout est d’une douceur et d’un équilibre dignes des plus grands maîtres brassicoles. C’est littéralement un privilège de pouvoir prêter nos papilles à un tel exercice…

En bref, de par son histoire et la qualité exceptionnelle du produit, nous en sommes convenus que la Westvleteren XII mérite amplement ses lettres de noblesse actuelles. Bien que certains produits belges comme la Saint Bernardus 12 ou la Trappiste Rochefort 10 s’en approchent, ils sont tout de même encore loin de la leçon de maître servie par la bière ici présente. C’est une quadruple par laquelle toutes les autres quadruples semblent avoir été inspirées, une sorte de point d’ancrage du genre, un incontournable. N’importe quel amateur de bière digne de ce nom devrait déguster au moins une fois dans sa vie un tel produit.

19,5/20

Merci spécial à André-Philippe Pouliot et Jean-Michel Guay, fidèles beer buddies avec lesquels j’ai pu partager cette expérience mémorable!


David Baillargeon

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