Revue de l’année 2019 dans le monde microbrassicole québécois

Revue de l’année 2019 dans le monde microbrassicole québécois
28 Déc 2019


Nous revoici encore une fois à ce moment de l’année, celui où l’on porte un regard sur les derniers mois qui ont passés dans le monde microbrassicole québécois. On le sait, il s’agit d’un univers qui évolue rapidement, dans lequel les tendances, les événements, les bières et brasseries à la mode s’enchaînent (de plus en plus) à un rythme effréné, un rythme insoutenable (disons-le), même pour le dégustateur averti. Je trouve donc toujours plaisant de prendre le temps en fin d’année de se poser et repenser au cheminement et aux points marquants de ce monde passionnant.

Avant toute chose, nous tenons à remercier chacun d’entre vous qui suivez notre page quotidiennement. C’est déjà la 6e année d’activité du site internet L’amateurdebière.com et la 5e année que nous faisons cet exercice récapitulatif de l’année. Merci! Comme à l’habitude, il ne s’agit bien sûr pas d’une liste exhaustive mais plutôt de faits saillants et de microbrasseries qui ont retenues notre attention, de notre point de vue.

Avant de débuter l’article, je me permets également de mentionner au passage que si vous désirez consulter encore plus de contenu de notre part (en plus des articles descriptifs de bières que l’on retrouve sur ce site et qui sont publiés sur la page Facebook), nous avons depuis un moment une page Instagram sur laquelle on tente de publier du contenu alternatif. Vous pouvez aussi nous suivre sur l’application Untappd (ou directement sur le site internet dans cette section), pour lire nos commentaires, de façon plus brève, sur nos dégustations quotidiennes en temps réel.

Maintenant on rentre dans le vif du sujet… Débouchez-vous donc une bonne bière si ce n’est pas déjà fait!


1. Les microbrasseries qui ressortent du lot

Qu’elles soient de nouvelles venues ou qu’elles aient ouvert leurs portes depuis un moment déjà, voici les microbrasseries qui ont retenues notre attention cette année, sans ordre défini.


-Noctem 

Noctem existe déjà depuis un moment mais je crois important de souligner leur savoir-faire, qui semble toujours grandissant. En effet, depuis l’apparition de leurs premiers brassins en canettes, la qualité des produits n’a pas cessée d’augmenter. Des bières comme la Catnip, la Hop Rush ou encore la Oskar se retrouvent maintenant régulièrement dans mon frigo. Au-delà de la qualité des produits, plusieurs microbrasseries devraient (à mon avis) prendre exemple sur Noctem. En effet, c’est une microbrasserie qui a débuté humblement dans ses locaux de Québec pour peaufiner ses recettes et accroître tranquillement sa production. Rien ne sert de se presser. Quatre ans plus tard, ils possèdent désormais une usine de production, organisent des releases, deviennent de plus en plus une référence en termes de bonnes IPA au Québec… C’est bien fait, tendance, toujours plaisant à boire et surtout, disponible.


-Brasserie du Bas-Canada

Difficile de passer sous silence la Brasserie du Bas-Canada, qui est rapidement devenue incontournable en termes d’excellentes microbrasseries au Québec. Ici, on mise surtout sur les styles de bière en vogue (IPA, DIPA, bières avec lactose, Stouts impériaux…) mais tout est réalisé à la perfection. Des bières comme la Bank Hotel, la #GatineauIsTrending, la Guerre et Paix ou la Connexion sont de véritables chefs-d’œuvre, chacune dans leur style, tandis que les séries d’HYPA et d’empereurs (DIPA) sont devenues des incontournables. La brasserie étant située à Gatineau (et nous plutôt dans l’est du Québec), nous n’avons par contre malheureusement pas pu mettre la main sur plusieurs de leurs nouveaux produits mais les commentaires semblent toujours aller dans le même sens. Il faudra essayer de trouver une occasion pour assister à l’un de leurs releases dans la prochaine année!


-Épitaphe

Épitaphe est le projet solo Jan-Philippe Barbeau, un brasseur qui n’a plus besoin de présentation. Avec ce projet, il se concentre principalement sur les Kveik IPA, des bières bien houblonnées fermentées avec ces levures norvégiennes très tendance. Ces IPA sont souvent aromatiques, peu amères, intéressantes et faciles d’approche tout en possédant chacune à leur façon un petit caractère particulier dû aux différents houblons utilisés. Pour ma part, j’ai toujours beaucoup de plaisir à déguster chacun des nouveaux produits de ce brasseur. Mes préférées ont probablement été la Larvikite et la Murakami, sans oublier la fameuse Alliances (Scotch Ale vieillie en barriques de scotch, en collaboration avec la Ferme & Brasserie MacAllen) dans un autre style.


-Robin Bière Naturelle

Ce nouveau venu dans le paysage brassicole québécois est à mon avis vraiment digne de mention. Premièrement parce qu’il s’agit d’un concept unique au Québec et deuxièmement parce que la qualité est vraiment au rendez-vous. Il ne s’agit en effet pas d’une « brasserie » à proprement parler puisqu’il ne s’y brasse pas de bière. C’est après avoir acquis le moût brassé chez une autre microbrasserie (chez Vrooden pour le moment à ma connaissance) que celui-ci peut être fermenté puis assemblé et maturé en barrique. Toutes les bières contiennent un cocktail maison de levures sauvages et bactéries lactiques qui contribuent à une signature maison rustique, qui n’est pas sans évoquer (tout en conservant un caractère unique) certaines bières d’Hill Farmstead, cette microbrasserie réputée. Des bières comme la Léa, l’Achillée ou encore la Grisette d’épeautre sont tous de petits chefs-d’œuvre qui méritent d’être découverts si vous appréciez un tant soit peu les bières rustiques, sauvages, sèches et boisées.


-L’Hermite

L’Hermite n’est pas une nouvelle microbrasserie mais a débuté la distribution tout juste au début de l’année 2019. Avec plusieurs de leurs produits, on vise droit dans le mille : que ce soit leur Blonde Style Kölsch, la Brune Américaine, la Pilsner Czech, l’IPA Américaine Côte-Est, la Scotch Ale au miel affinée en barrique de scotch… Chacune répond parfaitement aux attentes que l’on devrait avoir par rapport aux style représentés. Le format canette de 355 ml est également assez efficace, peu coûteux, et peut-être encore trop peu exploité par les microbrasseries.


-Messorem Bracitorium

Je n’ai malheureusement goûté à aucun des produits de cette nouvelle microbrasserie. Par contre, il était difficile de ne pas la mentionner dans ce type d’article vu les commentaires et l’engouement les entourant. Ceux-ci brassent principalement des NEIPA et autres Hazy IPA qui arrivent à s’écouler sans aucune distribution, il faut quand même le faire. Ce sera donc définitivement à essayer pour notre part en 2020!


2. Les tendances


2.1. Saveurs et styles de bières


-Les IPA et les bières sures fruitées : deux styles à la popularité qui perdure

Année après année, l’engouement pour les bières bien houblonnées et les bières sures ne semble pas s’essouffler chez les amateurs de bières du Québec, bien au contraire!

Les IPA, Double IPA, Milkshake IPA et autres New England IPA, plus troubles les unes que les autres, attirent tout autant le dégustateur averti que le néophyte en quête de l’expérience tropicale ultime. Juste à voir la vitesse à laquelle peuvent s’écouler certains nouveaux brassins chez les détaillants spécialisés nous donne un bon indice de la popularité de ces styles bien houblonnés.

Les bières sures en général, fruitées de préférence, jouissent elles aussi d’un amour inconditionnel de la part des amateurs de bière. Autrefois disponibles presqu’exclusivement en période estivale, le marché est maintenant apte à contenter les amateurs du style tout au long de l’année. Les brasseurs rivalisent d’ingéniosité pour tenter de se procurer des fruits de plus en plus originaux ou inconnu, tellement que bien souvent notre premier contact avec certains fruits atypiques se fait maintenant par l’entremise de bières! L’utilisation de petits fruits indigènes est également une tendance marquée, dans le désir de s’ancrer à notre territoire et de mettre en valeur nos ressources locales. On voit aussi de plus en plus d’assemblages fruités, de bières sures fruitées affinées en barriques, de bières sure et fruitées de fermentation mixte… Des méthodes d’affinage et de fermentation qui nous permettent d’explorer le caractère raffiné de la bière sure et fruitée. 


-Le Pastry Stout : un nouveau style chouchou au Québec

Assez répandu chez nos voisins du sud, ce n’est que depuis tout récemment que l’on peut réellement affirmer brasser des Pastry Stout (« Stouts pâtissiers » ou « Stouts desserts ») au Québec. Ces Stouts qui se caractérisent par un taux de sucre résiduel très (très!) élevé et un ajout de différents ingrédients comme le chocolat, le coco, la vanille ou carrément des desserts ou des pâtisseries. Les emblèmes de cette nouvelle tendance au Québec sont certainement la Guerre et Paix (qui contient éclats de cacao, café, vanille) et la Connexion (lactose, noix de macadam, noix de coco et vanille bourbon du Madagascar) ou encore la Torre (lactose, café, noisettes, noix de coco, vanille du Madagascar), tous trois de la brasserie du Bas-Canada. C’est bien sûr les ingrédients sucrés ajoutés qui justifient l’attrait envers ce style de bière, mais aussi la texture onctueuse, voire crémeuse, à l’extrême. J’imagine donc que c’est un style qui se fera de plus en plus fréquent dans les prochains mois et années au Québec!


-Les Kveiks : de la ferme norvégienne à l’IPA américaine

C’est en 2014, lors d’un voyage de recherche en Norvège, que Martin Thibault (auteur et chercheur brassicole, aussi derrière le blogue Les Coureurs des Boires entre autres) a rapporté en Amérique un anneau de bois sur laquelle se trouvait une souche de levures kveik, utilisée par les brasseurs fermiers norvégiens. La première microbrasserie du continent à avoir testé ce type de levure est Tête d’Allumette, avec l’Œil du Mouton, qui se veut plus traditionnelle (avec branches de genévrier). Une fois ces souches isolées en laboratoires, plusieurs brasseurs partout en Amérique y ont eu accès, ce qui a ouvert la voie aux expérimentations. Présentement, il semblerait que le style de bière dans lequel la kveik est la plus populaire soit l’IPA américaine, bien trouble et houblonnée! La levure développe en effet de délicates notes fruitées qui peuvent contribuer au profil aromatique des houblons utilisés. Au Québec, les bières d’Épitaphe peuvent être un très bon exemple de cette tendance. Nul besoin de mentionner que la kveik a vécue jusqu’à présent un parcours assez surprenant! Pour plus d’informations sur ce type de levure, je vous invite à consulter cet article de Martin Thibault paru dans le journal Bières et Plaisirs.


-Le houblon Sabro : une touche de coco

Le plus récent houblon chouchou, le Sabro, a été lancé tout juste en 2018 et a été utilisé de plus en plus au courant de l’année 2019 par différentes microbrasseries. Ce houblon a été développé par la Hop Breeding Company (ou HBC), une entreprise qui développe des houblons, située dans la vallée de Yakima (la même qui est responsable du Citra ou du Mosaic entre autres), à partir d’une variété de houblon femelle du Nouveau-Mexique (humulus lupulus var. neomexicanus pour les intimes). Sa particularité vient de ses arômes qui rappellent les agrumes ou les fruits tropicaux, bien sûr, mais aussi la noix de coco ou la vanille. Quelques exemples de bières québécoises qui contiennent ce type de houblon : Une Bière pour ma Femme de Lagabière, la Sabro Juicy IPA de Mille-Îles, la Bank Hotel de la Brasserie du Bas-Canada, Humulus Felidae de Noctem… On devrait donc voir ce houblon de plus en plus fréquemment sur les étiquettes dans le futur, au fur et à mesure que le houblon deviendra plus disponible et accessible, comme ce fût le cas pour le Citra ou le Mosaic justement.


2.2. Le monde microbrassicole québécois en tant que phénomène


-L’image de marque, de plus en plus importante

L’image de marque semble toujours avoir joué un rôle important pour les microbrasseries, le consommateur néophyte (ou pas!) se fiant souvent sur le nom des bières ou l’image mise de l’avant sur l’étiquette pour sélectionner ses achats dans un rayon de microbrasseries plus que garni. Si on avait à effectuer une étude précisément sur ce sujet, je suis persuadé qu’il s’agit là d’un critère de sélection presqu’aussi important que le style de la bière lui-même pour de nombreux consommateurs plus ou moins avertis. Dans ce contexte, des microbrasseries telles que Noctem arrivent facilement à tirer leur épingle du jeu. Leur concept autour des chats rejoint facilement un large public (qui n’aime pas les chats?). Il n’est pas rare également d’observer sur les réseaux sociaux des photographies de bières de Noctem en compagnie de l’animal de compagnie en question. Heureusement, la qualité de la bière est également au rendez-vous, ce que je crois tout de même nécessaire afin que le consommateur ait envie de répéter l’expérience. Une formule gagnante!


-Les fermetures de microbrasseries. Cas isolés ou phénomène qui sera de plus en plus observé?

Depuis plusieurs années déjà, on parlait d’une possible saturation prochaine du marché de la bière de microbrasserie, chose qui n’est apparemment toujours pas arrivée (les parts de marché ayant encore la possibilité de s’accroître). Par contre, je ne peux m’empêcher de constater qu’un certain nombre de microbrasseries se sont vues obligées de fermer leurs portes dans les dernières années, je pense par exemple aux Sœurs Grises, Frères Houblons, Louénok, Loup Rouge, Arsenal… S’agit-il là de cas isolés (de mauvaise gestion ou encore de choix sur la mise en marché, peu importe…) ou encore d’un phénomène que l’on observera de plus en plus dans les années à venir? Seul le temps nous le dira. Ce qui me mène à mon prochain point…


-La guerre des tablettes

Ça aussi on en parle déjà depuis quelques années mais c’est maintenant que ce phénomène semble devenir de plus en plus tangible. Avec la multiplication de microbrasseries et les nombreux brasseurs à contrat, les tablettes se remplissent rapidement et les marchands doivent faire des choix étant donné l’espace (bien souvent) limité. Il sera donc de plus en plus essentiel pour les microbrasseries de se démarquer fortement et d’offrir des produits de bonne qualité qui attirent le consommateur afin de mériter sa place sur les tablettes des marchands bien en vue.


-Des « hypes » qui s’enchaînent à une vitesse fulgurante

L’engouement pour les microbrasseries tendances semble s’enchaîner de plus en plus rapidement. La bière de l’heure est remplacée quelques jours plus tard par la nouvelle bière de l’heure, et ainsi de suite. Même constat considérant les brasseries « à la mode » elles-mêmes : LA nouvelle microbrasserie que l’on doit absolument découvrir remplace rapidement la précédente. Encore une fois, il sera primordial pour les microbrasseries de savoir se renouveler et d’offrir des produits d’une qualité constante (voire croissante) pour demeurer dans la mire de l’amateur averti.


3. Conclusion

À chaque année, on a l’impression que le mouvement et les tendances s’accélèrent et s’accentuent. C’est encore le cas cette année : on doit se rappeler qu’il y a présentement environ 240 permis actifs de brassage, ce qui est encore une fois une hausse considérable comparativement à l’année passée. Pour ma part, j’ai vraiment le sentiment que cette année représente un point tournant dans cette accentuation des tendances et dans la rapidité à laquelle ce monde évolue. Les années 2020 risquent d’être très surprenantes en termes de bière de microbrasserie au Québec. Comme toujours, ce sera un plaisir pour nous de découvrir cet univers au fil des dégustations et des visites de microbrasseries. Pour terminer, nous vous souhaitons un joyeux temps des fêtes, rempli de découvertes brassicoles avec votre entourage! Santé!


Simon


Simon Rioux

Je suis originaire de Trois-Pistoles (oui comme la bière!) dans le Bas-Saint-Laurent, tout comme Manuel et Philippe. J’ai réalisé une maîtrise en anthropologie qui porte sur le thème de l’ancrage régional des microbrasseries du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Mes premières expériences avec la bière de dégustation ont été avec celles que l'on retrouvait à la SAQ aux débuts des années 2010 (une sélection assez limitée donc) puis en boutiques spécialisées par la suite. Les styles que j’affectionne le plus sont les Saisons, les bières sauvages, les IPA, les Pilsners, les Lambics, les Barleywines, les Stouts, etc. J’aime bien ce qui est intense au niveau des saveurs, tout en ayant un faible envers ce qui est bien équilibré, mais je suis très ouvert et j’aime découvrir tout ce qui se fait peu importe le style. La plupart du temps, j’essaie de goûter à toutes les nouveautés qui s’offrent à moi.

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