Dégustation à l’aveugle : un compte-rendu

Dégustation à l’aveugle : un compte-rendu
17 Mar 2018

Aujourd’hui nous vous présentons une expérience que nous voulions faire depuis longtemps : nous débarrasser de nos préjugés favorables ou défavorables envers certaines brasseries, de manière à goûter le produit pour ce qu’il est, par le biais d’une dégustation à l’aveugle!

Voici les règles que nous nous étions fixées : il s’agirait d’une dégustation de saison et de stout. Nous étions quatre participants, et chacun devait apporter une saison et un stout.
Nous goûtions aux quatre bières de même style à la suite l’une de l’autre, en écrivant nos notes de dégustation et en donnant une note sur 50, à la façon de ratebeer.

Nous accordions donc 5 points pour l’apparence, 10 pour les arômes, 10 pour les saveurs et 5 pour la texture. Il restait alors un 20 points de note globale que l’on pouvait utiliser pour moduler notre note de façon plus subjective.

Avant de débuter la prochaine bière, nous discutions tout de même ensemble de nos impressions concernant la précédente.

L’échelle de points servait surtout à établir un classement final cohérent.
Après avoir établi le classement, nous révélions les quatre bières.
Ensuite, nous faisions la même procédure pour le second style.
Notez que nous ne savions pas laquelle des quatre était notre bière, ce qui pouvait mener à des situations cocasses.

Cette manière de procéder n’aurait pas été possible sans une cinquième personne à qui nous textions nos choix de bières pour qu’elle s’assure qu’il n’y avait pas de doublon. De plus, cette personne a servi toutes les bières, nous permettant de ne pas savoir laquelle des quatre était la nôtre, ce qui agrémentait clairement l’expérience. Merci beaucoup à Carole-Anne d’avoir rempli ce rôle!

Je vous propose donc de lire nos notes de dégustation de chaque bière sans savoir à quelle bière la description correspond, puis ensuite je vous révélerai les bouteilles, le tout de manière à vous faire revivre l’expérience! N’hésitez pas à nous dire si vous avez apprécié l’expérience.

Dégustation de saisons

 

 

 

 

 

 

 

 

Petite coupe : Une saison très sèche, très épicée et assez amère. Probablement la moins sucrée des quatre. Notez que deux personnes ont dit qu’elle semblait assez houblonnée.
Nombre de points : 152

Grande coupe : Une saison moins aromatique que la précédente, plus sucrée. J’ai personnellement noté qu’elle sentait le maïs. C’est probablement la bière de la dégustation qui a le plus polarisé les dégustateurs.
Nombre de points : 153

Ballon : On sortait complètement du registre précédent. Ici, la saison se fait très fruitée et vineuse. On peut clairement penser qu’elle contient de la levure sauvage. L’ovni du lot.
Nombre de points : 162

Teku : Cette saison-ci possède une levure plus caractéristique! Modérément épicée, très légèrement sucrée, elle jouit d’une bonne buvabilité.
Nombre de points : 150

Le grand gagnant a donc été le ballon! La bière la plus atypique de la bande.
Procédons au dévoilement des quatre bières.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la petite coupe, il s’agissait de mon choix : La saison des dunes de Saint-Pancrace!

Dans la grande coupe, c’était la Saison Duval de Auval. Le fait qu’elle ait été si basse au classement est probablement un des plus grands coups de théatre de la dégustation. Cette bière avait été apportée par Simon

La grande gagnante, qui était dans le ballon, était la Nébulose de Benelux! Un assemblage de saisons affinées en barrique. Rappelons que c’était la bière la plus différente du lot. Merci à Antoine pour avoir apporté une bière qui est sortie des barèmes.

La dernière, dans le Teku, est un classique : la Saison de Charlevoix, gracieuseté de Vincent.

 

Dégustation de stouts

Petite coupe : La seule à produire une mousse littéralement brune. Elle manquait peut-être un peu de corps, mais elle est littéralement axée sur les fruits séchés, les dates, les figues et les raisins. Étonnamment, à l’aveugle j’aurais dit qu’elle contenait de l’anis.
Nombre de points : 158

Grande coupe : Cette bière est probablement la plus douce du lot. Elle est très onctueuse et on se laisse transporter par des notes de vanille et de chocolat. Simon mentionnait qu’elle semblait contenir de l’avoine.
Nombre de points : 162

Ballon : Celle-ci représentait un certain casse-tête. Elle était également très onctueuse, et très douce. Plusieurs ont mentionné qu’elle goûtait beaucoup le cacao, et la possibilité de l’ajout de lactose a été émise.
Nombre de points : 156

Teku : En voilà une qui a su séduire tout le monde : on goûte très bien le café ajouté à la bière. Le tout est onctueux, équilibré… Il y avait également un petit quelque chose de plus dans celle-ci que je n’arrivais pas à identifier, mais que Simon a immédiatement reconnu. Je le révélerai plus tard, mais cela lui a permis de deviner de quelle bière il s’agissait.
Nombre de points : 176

Le grand gagnant a été la bière à l’ingrédient mystère, dans le Teku!

Dévoilons maintenant les quatre bières participantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la petite coupe, apporté par Simon, un stout impérial russe 2012 de Saint-Ambroise! On comprend immédiatement pourquoi l’on goûtait les fruits séchés, puisqu’elle a longuement vieilli.


Dans la grande coupe, probablement la bière cendrillon. Il s’agit du stout impérial de la Chouape. L’onctuosité du produit et son équilibre nous ont tous surpris. Il s’agissait du choix de Vincent.


Dans le ballon, on retrouvait mon choix : La Chocolate milk stout de Vrooden. Le score qu’elle a reçu m’a beaucoup surpris, c’est l’autre « déception » de la soirée avec la Auval.


Dans le Teku, la grande gagnante : La Stoutunstout de Matera, brassée par Oshlag! On goûtait très bien le café dans celle-ci, et finalement le petit quelque chose de plus était la saveur subtile de bourbon apportée par les grains de café qui ont mûri en barrique de bourbon. Chapeau à Simon qui a deviné de quelle bière il s’agissait avant même le dévoilement!

Qu’en retire-t-on?

Que faut-il retenir de cette expérience, finalement?

Déjà, il faut laisser notre orgueil de côté pour se prêter au jeu. Notre perception des saveurs a déjà été bien étudiée par la science, et l’on sait bien que nous sommes ultimement bien mauvais pour détecter des saveurs. En guise d’exemple, une dégustation à l’aveugle a déjà été organisée entre sommeliers professionnels. Cette fois ils allaient jusqu’à cacher la couleur du liquide, et la plupart, bien qu’excellents dans leur domaine, ne parvenaient pas à détecter s’il s’agissait d’un vin blanc ou rouge. Mentionnons tout de même que les gens qui avaient sélectionné les vins avaient choisi des cépages de rouge ou de blanc qui avaient des saveurs atypiques et parfois plus proches de l’autre couleur.

Alors il est tout à fait normal de se tromper et de reconnaître assez peu de saveurs.

Nous sommes des êtres très suggestibles, c’est-à-dire qu’en lisant les informations sur la bouteille, nous avons beaucoup plus de facilité à « détecter » les saveurs décrites et même discerner les ingrédients ajoutés (exemple : café, fruits divers, cacao, lactose…). Par contre, bonne chance pour détecter tous ces adjuvants à l’aveugle…

Bien sûr, la dégustation à l’aveugle permet de se débarrasser de nos attentes… Et de nos préjugés envers les brasseries. Qui peut savoir comment nous aurions trouvé la Auval si nous avions su ce que nous buvions? Aurions-nous à ce point apprécié la Chouape si l’on avait su qu’il ne s’agissait « que » de ça?

Bref, trouvez-vous des gens motivés à se prêter au jeu, et prêtez-vous au jeu sans vous juger… De nombreux préjugés devraient tomber.

 

Par Manuel et Simon

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Manuel Lavoie-April

Originaire de Trois-Pistoles, dans le Bas-Saint-Laurent. Pour tous ceux qui ne savent pas où c’est, simplifions les choses en disant que c’est entre Rivière-du-Loup et Rimouski, sur le bord du fleuve. Je suis présentement médecin-résident en neurologie à Sherbrooke. C’est à l'été 2013 que j’ai fait mes premières armes en bière de microbrasserie avec divers produits de Dieu du Ciel! ou du Trou du Diable. J’adore les IPA, les stouts impériaux et les saisons. J’apprécie tout type de bière, tant que c’est original et/ou bien fait.

Comments

  1. Avez vous chacun choisi vos type de bière favoris ou c’était un achat au hasard?

  2. Salut Luc! En fait on a fait un vote, et la majorité a voté pour stout et saison. Aussi simple que ça!

  3. Carle Brisebois : mars 18, 2018 at 7:57

    J’ai déjà joué le jeu avec des vins, des portos et des bulles. Votre façon de faire en choisissant plusieurs bières du même type m’inspire (sans jeu de mot SAQ) ! Par contre il y a une règle que j’applique habituellement dans les dégustations que je n’ai pas retrouvé ici: tous les produits doivent être présentés dans un verre de format identique. Peut-être cela ne peut s’appliquer à la bière? En passant, pour devenir bon, un dégustateur devrait faire l’exercice à l’aveugle le plus souvent possible pour enseigner à son nez et ses papilles la reconnaissance des arômes. Pas toujours facile hein?!
    Carle Brisebois de Laval

  4. Carle Brisebois : mars 18, 2018 at 8:01

    En passant, remarque amicale : vous ne trouvez pas bizarre que la gagnante ait été celle qui était différente ou qui ne goûtait pas ce que sa catégorie était supposée goûter?!
    Carle de Laval:)

  5. Carle Brisebois : mars 18, 2018 at 8:07

    Dernière remarque. Pour être appréciée, une bière devrait se démarquer et attirer l’attention, quitte à sortir du genre ou de la typicité… Pas facile de trouver la pureté dans les produits juste en goûtant à l’aveugle. Et pas facile d’évaluer le travail du brasseur sans savoir qui l’a fait ce produit qu’on a devant nous. Je vous félicite pour votre humilité en vous souhaitant que ça vous mène encore plus loin comme chroniqueurs/dégustateurs. Merci déjà pour votre beau travail. Vive la bière, salutations à vous toutes et tous :)) bonne St-Patrick en passant !
    Carle de Laval

  6. Carle Brisebois : mars 18, 2018 at 8:12

    Il faut lire dans mon précédent message : selon ce que j’ai lu de votre expérience à l’aveugle, faudrait-il que la bière se démarque et attire l’attention quitte à sortir du genre ou de la typicité pour être appréciée ? Ce n’était pas une affirmation mais plutôt une question. Je m’interroge sur ce qui fait que certaines bières ont la cote et que d’autres moins « populaires » ou avec un moins bon marketing finissent par être ignorées même si à l’aveugle elles gagneraient? Haaaa comme l’humain est mistérieux parfois :))
    Carle de Laval

  7. Bonjour 😉 très intéressant comme expérience, j’ai eu du plaisir à vous lire. Je me demandais par contre si le fait que les bieres n’étaient pas dans des types de coupes identiques aurait pu influencer « légèrement » les aromes sur certaines d’entre elles, surtout au nez… Mais je comprends aussi que vous vous en êtes servis pour identifier les bieres bues…

  8. Vous êtes plusieurs à soulever le point des verres différents. En effet c’est un problème. Mais étant des étudiants nous n’avons pas encore l’espace pour accumuler 16 verres identiques… Un autre jour peut-être. Car il est vrai que cela peut clairement influencer la dégustation.

    Sinon, en effet nous avons été permissifs dans ce qui était permis comme bière dans chaque catégorie. C’était un peu l’effet inattendu escompté : quelle belle surprise de sentir des levures sauvages lors d’une dégustation qui mettait de l’avant jusque là surtout la levure de saison…

    En même temps, en rétrospective, la chocolate milk stout est seule face à trois stouts impériaux, dont un vieilli et un autre au café-bourbon. On peut difficilement se fier à la note qu’elle a reçue comme témoignage objectif de notre appréciation.

    L’exercice de classement des bières bues permet, dans le contexte où les styles de bière sont larges, de témoigner de notre appréciation globale. Ça ne servait pas tant à départager laquelle est la meilleure.

    Par rapport au marketing… S’il y a une chose que je retiens du marché pour le moment, c’est qu’une brasserie qui débute se fait rarement accorder de deuxième chance. Les produits doivent être bons dès la sortie, sinon la brasserie a perdu sa chance.
    Il est clair que dans un marché qui a beaucoup grossi ces derniers temps, on essaie surtout de boire ce qui est bon, et un des meilleurs moyens, c’est de retourner vers les brasseries que l’on sait constantes et excellentes (par exemple : Dieu du Ciel, Vrooden, Dunham)… Ce qui fait que même si le stout de la Chouape m’a séduit aujourd’hui, les chances que j’en rachète par moi-même avant la dégustation étaient minimes.

    Les prochaines fois, peut-être établirons-nous un cadre plus serré quant au style de bière? Peut-être aurons-nous l’arsenal nécessaire pour avoir 16 verres identiques?

  9. Carle Brisebois : mars 18, 2018 at 5:25

    Hopfenweisse Neipa
    Bonne remarque Manuel en rapport avec le peu de marge de manœuvre qu’une nouvelle brasserie peu avoir à sa naissance. Quand on regarde la diversité de produits qui existent, si on veut percer plus grand qu’un marché de proximité, vaut mieux pas manquer son coup. Frampton Brasse m’avait perdu comme client quand sa bière a eu des problèmes de stabilité de mousse à l’ouverture de la bouteille. Heureusement que j’ai lu sur votre site la qualité de leur NEIPA et de leur Hopfenweisse. J’en achète régulièrement.
    En tout cas je vous souhaite de trouver un budget pour les verres, mais si je regarde l’abondance hebdomadaire des fiches de dégustation produites, au moins vous investissez au bon endroit: plus dans le liquide, moins dans le solide ! En espérant que vous réussissez à être commendités grâce à votre visibilité internet.

  10. Francois Jodoin : mars 20, 2018 at 8:49

    Excellent article.J’espère que vous répéterez l’expérience avec tous les types de bières!
    J’ai aussi l’impression que les critiques (appréciations) de bières sont fortement influencées par la description sur l’étiquette. Même chose pour les vins d’ailleurs.

    C’est une façon de trouver des repères mais c’est souvent inexact.
    Faut exercer son objectivité.

  11. Solution? Des petits verres en plastique cheap et transparent vendu au Roi du dollars

  12. Carle Brisebois : mars 25, 2018 at 9:54

    Je pense vraiment que vous devriez travailler sur les commandites. Votre visibilité devrait suffire pour vous donner quelques privilèges. Parfois il suffît de demander. Quand j’ai écrit à Frampton Brasse que leur bière avait un défaut de mousse, ils m’ont dédommagé. 6 bouteilles livrées chez moi gratuitement. Et quand je leur ai écrit dernièrement pour leur dire que j’avais beaucoup aimé leurs derniers produits, ben ils m’ont répondu avec un grand merci. Faudrait juste que je leur dise que c’est en lisant votre site que j’ai su qu’ils faisaient une NEIPA ! Une photo avec leur bière dans leur verre, me sble que ça vaut quelque chose, non? Oubliez les verres en plastique svp :)) Carle de Laval

  13. Je suis contre l’idée des verres en plastique, je trouve que cela nuit aux qualités gustatives d’une bière. Je préfère encore avoir des formats de verres non uniformes.

    Sinon, pour les commandites, nous essayons au contraire d’en avoir le moins possible. Il nous est peut-être arrivé 3 fois dans les 5 dernières années d’en accepter, mais nous ne les recherchons pas activement et nous en déclinons la grande majorité. La raison? Cela biaise le jugement, même inconsciemment… On parle justement de limiter les biais dans l’article, il serait bien paradoxal de nous en ajouter.

  14. Comme plusieurs blogues, la notoriété fait que les entreprises souhaitent que vous testiez leurs produits. En tant qu' »influenceur » (vous influencez l’achat des gens avec un site comme ici), votre devoir est d’assurer une transparence. Cela n’implique pas nécessairement de refuser des offres, mais d’assurer que même une bière envoyée gratuitement par un brasseur sera traitée de la même manière et la note ne sera pas affectée par le prix payé. Si on parle de billets sponsorisé avec une ligne éditoriale, c’est cependant autre chose. Bien qu’éthiquement se soit facilement défendable si le contenu sponsorisé est clairement indiqué, c’est votre choix d’accepté ou refuser ce genre d’offre. Il ne faut pas oublier que tout travail se paie. Ce site est super et je lui souhaite longue vie, mais il y a des limites au bénévolat 😉

  15. Ahahaha c’est bien gentil de se soucier de notre salaire mais nous avons tous des méthodes de revenu alternatives qui nous sustentent!

    Le blogue a été créé pour notre bon plaisir avant tout, tant mieux s’il permet de guider des gens dans leurs achats et qu’il devient une manière d’éduquer par la suite.

    D’autre part on reçoit assez peu de produits gratuits (on ne les demande vraiment pas, je pense que les gars seront d’accord avec moi si je dis qu’on ne demande à aucune brasserie de nous fournir leurs nouveautés, ce n’est pas notre genre), et quand on en reçoit c’est mentionné dans l’article, par soucis de transparence justement.

    Et merci beaucoup d’encourager le site en commentant les articles, c’est très apprécié!

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